IA ET REVOLUTION DU MARCHE DE L’ART:LES “NFT”

Marie-Hélène Parent

Marie-Hélène Parent

IA ET REVOLUTION DU MARCHE DE L’ART:LES “NFT”

Les NFT sont-ils un eldorado de plus dans l’histoire de la blockchain OU au final, le crypto-art ne fait-il qu’imiter la bulle spéculative ( prétendue ou non) de l’art contemporain?

 Si les prix vous surprennent, attendez de savoir que la personne qui vient d’acheter l’œuvre ne possède pas pour autant le droit de propriété de l’œuvre!!! Il est difficile, voire impossible de “restreindre” les droits de propriété pour une œuvre numérique. On peut, avec un simple clic droit, télécharger l’image ou faire simplement une capture d’écran. Ainsi, les œuvres sont copiées et partagées des milliers de fois sur la toile, sans  même que son auteur ne soit nécessairement crédité.  

Pourquoi dépenser une fortune pour une œuvre d’art dont on ne possède même pas l’usage exclusif???

C’est là que la magie de la blockchain entre en jeu: avec le jeton non fongible (NFT). Autrement dit, une pièce numérique unique qui ne peut pas être échangée contre d’autres pièces. De la même manière qu’un tableau de Monet par exemple ne s’échange pas contre un tableau de Picasso car ces deux objets non fongibles ont une valeur propre. 

On peut néanmoins les acheter contre de l’argent et de la même façon, on peut acheter des NFT qui représentent des œuvres d’art avec des cryptomonnaies dans la majorité des cas. Et, pour démocratiser l’accès à cette forme d’art (et d’investissement à la fois) certaines plateformes comme Nifty Gateway donnent la possibilité d’en acheter directement par carte bancaire. Tout le monde – et y compris les parfaits novices de la blockchain – peut désormais posséder une œuvre via son jeton NFT.  

L’engouement pour l’art numérique sur la blockchain s’explique principalement par l’attrait pour ces jetons spécifiques. Les NFT peuvent représenter toutes les formes d’art : qu’il s’agisse de musique, de tableaux , d’images numériques ou encore de clip vidéo, etc.. chaque œuvre est liée sur la blockchain, et a son propre token unique.

En réalité, il n’y a pas que l’art numérique que l’on représente avec ces jetons spécifiques. Tout ce qui est unique peut avoir son token, son propre NFT. 

Certains parlent déjà d’une révolution logique qui suivrait nos modes de vies toujours plus liés à Internet. C’est particulièrement adapté aux artistes numériques, qui par nature, n’avaient pas encore trouvé leur place dans l’infrastructure artistique, jusque-là. Aujourd’hui (et le confinement a manifestement accéléré la tendance), c’est sur des galeries en ligne que l’on contemple les œuvres d’art et c’est en quelques clics qu’on en devient le propriétaire: c’est une suite logique de notre consommation de l’art.

Bien entendu, on retrouve des collectionneurs d’art traditionnel qui ont basculé sur Internet pour y diversifier leurs portfolios. On y trouve également des crypto-détenteurs qui en profitent pour faire des investissements lucratifs. Les grandes maisons de ventes aux enchères traditionnelles y ont vu une manière d’atteindre un nouveau public. Et, ce n’est là qu’un début, nous semble-t-il. Cependant, en parallèle à la vente d’œuvres réalisées par des artistes reconnus, on trouve également des productions de facture simple, réalisées par des amateurs sur des logiciels grand public. À en juger sur les sites de marchés où se vendent des NFT, la qualité n’est pas ce qui semble importer aux collectionneurs. C’est la grande inconnue dans l’équation et cela soulève des débats houleux: s’agit-il d’investisseurs ignorants du monde de l’art et des codes esthétiques ? Est-ce là une nouvelle forme d’art ? N’y-a-t-il pas ici une bulle spéculative qui s’approche de celle tant décriée de l’art contemporain ? 

En réalité, il n’y a pas que l’art numérique que l’on représente avec ces jetons spécifiques. Tout ce qui est unique peut avoir son token, son propre NFT.

Toujours est-il que l’engouement est là. Pour le mois de février seulement, le volume d’échange a atteint plus de 340 millions de dollars selon l’étude de DappRadar, la référence dans le domaine. Et ce n’est pas pour déplaire aux artistes. Au contraire même, ils sont les premiers à en profiter. D’une part, ils bénéficient d’une notoriété accrue et, d’autre part, ils peuvent rémunérer facilement leur travail. En effet, les artistes ont sur chaque œuvre la possibilité de toucher des royalties à chaque revente ultérieure. Là, nous ne pouvons que saluer cette technologie qui permet à toutes les parties d’être justement considérées. 

Ajoutons que l’art sur la blockchain n’a rien à envier à l’art contemporain et que d’ illustres inconnus semblent apparaître subitement et devenir des stars de l’art avec des records de vente toujours plus impressionnants. On dit souvent que durant le ruée vers l’or du 19è siècle, seuls les vendeurs de pioches se seraient enrichis pendant que les chercheurs d’or, quant à eux, ne faisait que s’épuiser au travail. Et bien, cette fois-ci, il semble que c’est une ruée vers l’or virtuel qui peut profiter à tous. La technologie de la blockchain elle-même gagne en popularité et en crédibilité. On y voit là une technologie réellement innovante qui peut améliorer différentes industries comme elle le fait actuellement avec l’art numérique. 

Il s’avère alors que: oui, on peut parler d’un nouvel eldorado comme il y en a à chaque fois qu’une nouvelle technologie se met en route… La culture et l’art seront-ils plus démocratiques ou bien, au contraire, perdront-ils en pertinence avec la spéculation de traders sans scrupules ? Là, c’est un autre débat….

 

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